“La pratique sculpturale de Margaux Lelièvre semble héritée de la cueillette : elle glane autour d’elle de menus objets, en général issus de matériaux non nobles, afin de les transformer ou de les donner à contempler autrement.
Chacun d’entre eux – cacahuètes, pelures de clémentines, noisettes, mouchoir en papier, graines, tessons de porcelaines cassées, insectes délicatement ôtés du pare-choc d’une voiture après un trajet… – a sa valeur, et elle leur témoigne des attentions toutes particulières.

Elle intervient notamment en recherchant toujours le minimum consolateur : elle brode, répare, recolle, recoud ou reprise.
Intéressée par le kintsugi japonais, elle raccommode au fil doré des vêtements troués par les mites, ou joint des coquilles de noix fissurées avec de la feuille d’or, comme autant de discrets rapprochements qui viennent nouer précarité et éternité à travers des matériaux habituellement pensés irréconciliables.

Depuis peu, cette encyclopédie poétique du dérisoire a trouvé de nouvelles formes plastiques, à travers des dispositifs de monstration (colonnes, socles…) qui viennent peu à peu revendiquer l’assemblage visuel des objets comme œuvre autonome.
Trouver un moyen d’exposer le fragmentaire, lui restituer toute sa dimension sculpturale, voilà l’enjeu qu’elle s’était promis de relever pour son diplôme de fin d’études : le modèle archéologique lui a fourni quelques pistes.

Au sol, le carrelage s’est transformé en un quadrillage de fouilles, permettant d’apprécier les jeux de matières, de textures, les fragilités, les mollesses ou les duretés de ses petits volumes. À travers l’embrasure d’une fenêtre ouverte dans une cimaise, de hautes colonnes légères s’élevaient, tels des vestiges antiques, rassemblant en leur sein d’autres objets. Ou comment recréer une communauté de formes, perpétuellement mouvante, en dépit d’une dispersion originelle.”


Camille Paulhan














 Margaux Lelièvre